La médiation animale

Le programme d’insertion et de professionnalisation des détenus au développement comportemental par la médiation animale et l’intelligence relationnelle a reçu le 2e prix des prix initiatives Justice 2011, dans la catégorie : Innover au bénéfice de l’institution. Le prix a été remis par le Ministre de la Justice, le 9 décembre 2011


La médiation animale à la Maison d’Arrêt de Strasbourg

La médiation animale (appelé zoothérapie au Canada), nouvelle démarche thérapeutique prometteuse qui utilise le lien entre l’humain et l’animal, a été mis en place à la Maison d’Arrêt de Strasbourg en 2009.

C’est la seule expérimentation en France, à ce jour.


C’est lors de la venue d’une délégation canadienne que la direction de la MA de Strasbourg a eu connaissance de cette nouvelle technique.

Le projet a ensuite pu être lancé grâce au financement de l’association « Parenthèse » qui travaille avec la MA et à l’implication de la zoothérapeute formée au canada, qui a pu mettre en place ce procédé innovant avec les agents de la MA et en particulier le premier surveillant du bâtiment B, impliqué dans le projet dès le départ.

Deux suicides à Metz et à Strasbourg ont été l’élément déclencheur.

La médiation animale, installée progressivement, a contribué à faire baisser la tension en détention.

 

Mise en place du projet étape par étape

Après avoir expliqué le but de cette nouvelle pratique aux agents, les locaux en détention ont été aménagés, les animaux introduits progressivement par la zoothérapeute et les horaires fixés en fonction des plages horaires disponibles pour les détenus.

 

Une remise en question par l’animal

Le principe de la médiation animale est d’engager un dialogue avec le détenu sur les habitudes de vie de l’animal, sur son comportement.

L’activité a commencé au quartier mineur où l’expérience a eu un fort impact selon la zoothérapeute : « Les mineurs posaient beaucoup de questions sur les animaux, des questions qu’ils se posaient indirectement sur eux-mêmes, ils amènent une réflexion sur leur situation, ce qu’ils sont, comment ils se comportent ».

Pour le directrice ajointe de la MA « C’est une manière fine d’aborder des problèmes de front. On comprend qu’à travers l’animal elles parlent d’elles ».

Tous les sujets peuvent être abordés avec l’animal sans jamais parler du jeune.

La médiation animale s’est ensuite étendue au B1er, l’étage le plus calme, car isolé du reste de la détention qui accueillent les détenus souvent condamnés pour des affaires de mœurs.

Une ménagerie comprenant plusieurs espèces d’animaux (lapin, chinchilla, rats, hamsters…) a été installée dans le but de proposer aux détenus de s’occuper des animaux et ainsi de les responsabiliser.

Un animal a été attribué par détenu, choisi avec la zoothérapeute en fonction de ses habitudes de vie et du rythme du détenu.

Chaque détenu connait son animal, il s’en occupe durant une heure chaque jour et s’implique jusqu’à leur fabriquer des aménagements supplémentaires. « C’est devenu quelque chose de primordial pour eux », déclare la zoothérapeute.

Les animaux ont même été rebaptisés par les détenus selon la volonté de la zoothérapeute, afin de mieux s’approprier l’animal dont ils sont responsables.

 

La rencontre avec l’animal, un moment de liberté en détention

L’animal et les exercices abordés sont choisis selon les problèmes de chaque détenu : Au quartier femme, on aborde les questions d’enfants et de sexualité à travers la chienne.

Les zoothérapeutes utilisent aussi les tourterelles pour parler de fidélité, de partage des rôles dans le couple.

Les mineurs se retrouvent souvent dans l’image des animaux marginaux comme le rat ou le furet.

La médiation animale a également été étendue au quartier d’isolement.

Elle permet aux détenus de mieux l’accepter.

Un détenu affirme que pour lui «c’est un moment de liberté », il attend chaque séance avec impatience.

Pour certains détenus, c’est parfois leur seule activité en détention.

C’est une activité qui les sort de leur contexte carcéral. « Ça nous fait sortir de la cellule et puis les animaux au moins eux ne parlent pas, ils ne racontent pas leurs problèmes » affirme un premier détenu.

Pour un autre, c’est sa relation avec le chien qui est primordial : « Le chien m’attend, il me suit », et pour le premier surveillant : « Quand ils sont avec les animaux, ils sont sortis de leur « affaire », ils parlent surtout de l’animal et ils s’évadent. »

 

Des conséquences positives sur la vie en détention

Pour la direction de la MA, l’activité a eu un réel impact positif sur les détenus et l’ambiance de la détention en générale : « Les animaux tempèrent la détention. Les détenus me parlent beaucoup plus, ils n’ont pas peur de s’exprimer. Ils demandent plus facilement des entretiens, s’extériorisent », déclare le premier surveillant.

Quant au personnel, ils ont accueilli l’expérience de façon positive, si bien que la zoothérapeute met de plus en plus de temps pour monter à l’étage du B1er.

Cette thérapie « nécessite une réelle passion de l’humain et de l’animal », pour Mme Arnoux.

Les zoothérapeutes interviennent dans d’autres établissements, notamment chez les enfants polyhandicapés, chez les adultes atteints de handicap mental et ils voient les effets positifs de la zoothérapie sur tous ces publics.

Un avenir vraisemblablement prometteur pour cette thérapie originale par l’animal.

En 2009, un peu plus de 300 détenus ont pu participer à cet atelier.

Fiche publiée le : 3 octobre 2014
Fiche modifiée : 3 octobre 2014
Catégorie : Les activités
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